Parler avec les animaux, une réalité

Vous allez pouvoir, si vous le désirez, partager avec nous un monde nouveau, vous allez pouvoir, avec nous, pénétrer dans l’univers de ces autres êtres animés qui – pour notre grand bonheur – partagent la planète avec nous.
C’est un univers auquel nous n’avons pas été initiés par nos parents, un univers qu’ils connaissaient peu et surtout, surtout, avec lequel ils nous conseillaient de garder nos distances. Et pourtant, enfant, nous sentions notre affinité avec ces êtres, nous sentions leur tendresse, leur joie, leur connivence, leur bienveillance à notre égard….
Tant que nous étions petits, tout ce bonheur à leur contact était toléré. Mais un jour il faut grandir, n’est ce pas ?

Un jour il faut apprendre que leur gentillesse n’est que le revers de leur manque d’intelligence, n’est-ce pas ?
Avec notre aide, apprenez à parler avec eux. Et vous allez enfin les découvrir pour de vrai. Soyez courageux, prenez des risques : acceptez l’aventure ! Acceptez de les rencontrer en toute honnêteté, partagez avec eux, et chaque jour vous découvrirez… qu’ils ne sont pas du tout tels que nous le pensons…


Interview de Jade Allègre sur la communication animale


Découvrez l’histoire de Sasa, orang outan de Sumatra

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Le récit complet

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Aux États-Unis, depuis une trentaine d’années, existe une méthode qui permet de parler avec les animaux. Si votre chien aboie toute la journée et dérange le voisinage, si votre chat a pris la mauvaise habitude de confondre votre lit avec sa litière, vous pouvez faire appel à un spécialiste : il va discuter avec votre animal, lui demander ses motivations, puis lui proposer un accord pouvant satisfaire les deux parties, vous et lui. Si la négociation a réussi, vous le saurez immédiatement, car l’animal va cesser le comportement qui vous était déplaisant IMMEDIATEMENT, dès la fin de la conversation, et définitivement.

Nous pouvons parler avec nos animaux aussi clairement qu’avec des interlocuteurs humains, à ceci près … qu’ils tiennent énormément compte de notre point de vue ! Plus surprenant encore, nous pouvons entendre réellement leurs réponses. Et là je peux vous assurer que c’est aussi surprenant qu’instructif.

Voici le récit d’une communication avec une jeune orang-outan, en bordure de jungle, à Bukit Lawang, île de Sumatra, Indonésie. Dans ce pays, les braconniers avaient coutume de tuer les mamans orangs-outans pour capturer leurs bébés et les vendre sur le marché à des particuliers, qui le plus souvent les laissaient mourir, négligés et malnutris, dans des cages. Heureusement cette pratique est désormais interdite, et la police récupère ces animaux et les confie à des rangers spécialisés, qui les ré-acclimatent à la vie sauvage.

A Bukit Lawang, 129 orans-outans captifs ont pu être rendus à la vie sauvage avec succès. Une seule a résisté. Pendant 10 ans les rangers ont tenté de la ré-adapter, mais pendant 10 ans elle a mis en échec toutes leurs tentatives. Elle a persisté à marcher sur le sol, refusé de grimper aux arbres. Et pas moyen de lui faire construire un nid. Or malgré leurs 60 kilos, ces animaux doivent impérativement dormir dans de frêles assemblages de branches à 20 ou 30 mètres du sol, sinon ils serviraient de dîner aux tigres en chasse la nuit.

La jeune femelle s’est montrée totalement réfractaire à tout enseignement, et les spécialistes en ont conclu quelle était … idiote. Lorsque je la rencontre en novembre 2009, Sasa se prélasse dans sa cage en bordure de jungle. Alors que je l’observe, un autre orang-outan sort de la forêt et s’approche : Sasa se lève d’un bond, elle tremble de la tête aux pieds, terrifiée, la mâchoire béante, les yeux exorbités … Si pathétique que je décide de tout mettre en œuvre pour l’aider. En effet, je pratique la communication animale depuis deux ans, et j’ai déjà pu rendre service à beaucoup d’animaux.

Avec la permission des rangers – qui m’ont confirmé que sa terreur des congénères est probablement la raison de son refus de rester dans la jungle – je reviens vers sa cage, je me concentre, puis je lui demande pourquoi elle est si terrorisée par les autres orangs-outans. Et là – comme c’est souvent le cas lorsque les animaux s’expriment – sa réponse me stupéfie : « je suis terrifiée parce que je pense que j’ai le corps d’un enfant orang-outan de 4 ans », me dit-elle…. Or Sasa a 14 ans ! C’est une adolescente en pleine santé, et son corps est déjà celui d’un adulte. « les autres sont plus grands et forts que moi, dit-elle, ils vont me taper, me faire du mal »…

Que faire ? Je savais que ces primates partageaient plus de 98% de leur génome avec l’espèce humaine. Sans doute figurent-ils parmi les rares espèces animales qui savent se reconnaître dans un miroir, me dis-je. Je décide d’aller à la  “grande”ville voisine, deux heures de bus, et je fais tailler un miroir de deux mètres sur un, doublé d’un panneau de bois, afin que mon amie ne puisse pas se blesser. Puis je reviens vers elle, et lui montre son image : elle s’est reconnue tout de suite, car elle n’a pas eu peur un seul instant. Très intéressée, elle prend des branches et vérifie si son reflet le fait aussi. Et là, “preuves à l’appui”, je luis dis «Non seulement tu as maintenant un corps d’adulte, mais en outre tu es plus grande et plus forte que la plupart des autres orangs-outans : ce sont les autres qui ont peur de toi, ce n’est pas l’inverse ! »

En voyant l’image reflétée dans la glace, Sasa ne montre pas la moindre peur, bien au contraire. Elle se regarde avec beaucoup d’intérêt, s’observant dans ses moindres gestes, touchant doucement la surface du miroir du bout de ses longs doigts. Je partage ainsi avec elle pendant une heure, puis je lui laisse une semaine pour y penser tranquillement. trois séances espacées d’une semaine, afin qu’elle ait le temps d’intégrer cette information. Puis les rangers et moi-même l’avons emmenée dans la jungle : dès qu’elle a entedu les autres orangs-outans, elle est allée vers eux, au lieu de s’enfuir ! Et nous l’avons laissé avec un beau grand mâle énamouré ! Elle avait tout compris !

Pourquoi cette « fixation » sur l’âge de 4 ans, précisément ? Était-ce l’âge où sa mère avait été assassinée sous ses yeux ? Le traumatisme de son arrivée, seule et terrifiée, sur le marché du village ? Mais non, la réponse était – comme je pus le découvrir petit à petit – bien plus complexe… et passionnante.

Quatre ans, c’était – je l’appris bien plus tard – l’âge où les policiers étaient venus la confisquer à la famille indonésienne qui l’avait achetée quelques années auparavant. Etonnamment, ces gens, de riches restaurateurs, l’avaient très bien traitée. Elle avait été élevée en famille, à la maison, comme l’un de leurs enfants. Avec sa propre baby-sitter à ses côtés jour et nuit, elle participait à toutes leurs activités, allait chez le coiffeur se faire friser, se mettait du vernis à ongles, utilisait les toilettes, etc. Etait-ce son départ forcé de cette famille, encadrée par des policiers, était-ce le retour à une jungle depuis longtemps oubliée, qui l’avaient à ce point traumatisée ?

Sasa avait pour habitude de foncer à la rivière dès que l’on ouvrait la porte de sa cage. Ce comportement est totalement inhabituel : les orang-outangs de notre jungle prennent soin d’éviter un lieu aussi dangereux, et se désaltèrent dans les creux d’arbre, dans les feuilles, jamais dans les cours d’eau, car ceux-ci sont des rapides. Je décidais d’accompagner Sasa pour l’observer : quel intérêt y trouvait-elle ?

D’abord elle jouait avec l’eau, et s’aspergeait. Puis … elle descendait son visage jusqu’au fil de l’eau, et restait longuement dans cette position. Elle tentait de voir son reflet. Malheureusement notre rivière est un torrent, et aucune image ne s’y formait…

Voici mon hypothèse : depuis sa toute petite enfance, Sasa vivait au cœur d’une famille humaine, dans leur maison, imitant le moindre de leurs gestes. Aux murs il y avait des miroirs, et son image lui était familière. A quatre ans, les autorités l’arrachent à cette maison, et l’emportent vers la jungle. De quatre à quatorze ans elle n’a donc plus aucune possibilité de voir sa propre image, mais elle a gardé en mémoire l’image de son corps à cette époque, à quatre ans, au moment de la séparation ! Elle tente encore et encore de se voir à la surface de la rivière, pour vérifier si elle a grandi, mais les eaux tumultueuses ne peuvent lui montrer l’aspect de son corps ….

Avant que je ne puisse l’aider à résoudre sa terreur des autres orangs-outans, j’avais accompagné les rangers, lorsqu’ils la promenaient en jungle dans l’espoir de la ré-acclimater.

Elle refusait de grimper aux arbres, de sorte qu’ils étaient contraints de la menacer avec des bâtons. Et encore ne s’élevait-elle alors que de deux ou trois mètres, jamais davantage. Mais j’avais compris que son refus était motivé par la crainte qu’un autre orang-outan ne survienne et ne grimpe derrière elle. Aussi demandais-je aux rangers de se transformer en « cheer group ». Au lieu de la contraindre et réprimander, il fallait l’encourager et la féliciter. « Bravo Sasa, tu as déjà grimpé deux mètres, bravo ma chérie, continue » !!! Et elle se décide à grimper deux autres mètres… « Vas-y Sasa, tu es la meilleure, on est avec toi, on reste là avec toi pour garder le pied de ton arbre, personne ne pourra venir t’embêter »…. deux mètres encore..

A chaque fois, elle s’arrête et se penche pour nous regarder. Nos voix ne suffisent pas à la rassurer, elle tient à s’assurer de notre présence de visu. Alors, pour la première fois elle monte, monte encore, sous nos encouragements : les rangers sont stupéfaits. Puis elle disparait dans la frondaison de la cime, une vingtaine de mètres plus haut. Et soudain nous entendons des branches craquer… Pour la première fois de sa vie, Sasa a entrepris de bâtir un nid… (30 novembre 2009)

Désormais il fallait que je parvienne à la convaincre de se détacher des humains. C‘était quasiment impossible, Sasa adorait les gens. Les humains étaient ses frères et sœurs, ses amis. Elle acceptait de jouer dans la jungle une heure ou deux, mais après il fallait « rentrer à la maison ». La convaincre de s’éloigner des rangers fut certainement la tache la plus difficile, mais j‘y parvins, grâce à une argumentation d’une subtilité telle que je n’ose même pas vous en parler…

Nous eûmes encore deux ou trois conversations ponctuelles. Et maintenant Sasa vit libre et heureuse dans la jungle. Elle vient de passer 21 jours avec un grand mâle aussi puissant que doux. Et le petit bébé que nous attendons tous portera mon nom….

Un mois aura suffi là où 10 ans avaient échoué. Les animaux sont comme nous, ils pensent, ils réfléchissent, ils comprennent. Encore faut-il prendre le temps de leur expliquer…

Renseignements pris, les éléphants, les dauphins, les orques, les chimpanzés, les bonobos, les orangs-outans et.. les pies savent se reconnaître dans une glace… mais Victor, l’enfant sauvage capturé dans les bois à la fin du dix-septième siècle, ne reconnaissait pas sa propre image, mes amis …

HISTOIRE DE SASA,
ORANG OUTAN DE SUMATRA

6 avril 2010, Bukit Lawang, Indonésie